Affaire Karachi : Edouard Balladur au coeur d’une polémique...

Publié le par infosplus.over-blog.com

En marge de l’affaire Karachi, Edouard Balladur aurait-il bénéficié d’un financement illicite pour sa campagne présidentielle de 1995 ? C’est bien ce que sembleraient dénoncer les preuves avancés par le quotidien Libération de ce lundi 26 avril 2010. En effet, selon “des documents inédits”, des intermédiaires libanais proche de l’ancien Premier ministre auraient perçu des commissions en 1995 lors d’un contrat de vente de sous-marins français au Pakistan.

Affaire Karachi : rappel des faits

En 1994, un contrat de vente de sous-marins, baptisé Agosta par Jacques Chirac après son élection, est conclu entre le Pakistan et la France. La Direction des Constructions Navales (DCN) remporte un marché de 5,41 milliards de Francs, et s’engage parallèlement à verser 338 millions de Francs de commissions aux intermédiaires locaux lui ayant permis d’emporter cette offre. “Un réseau de corruption”, selon Libération, qui est interrompu dans le courant de l’année 2001. Le 8 mai 2002 survient alors un attentat à Karachi (Pakistan) qui fit 14 morts, dont 11 salariés de la DCN. L’enquête a longtemps avancé la piste d’Al Qaïda, jusqu’à ce que le juge Marc Trévidic réoriente les hypothèses vers des représailles pakistanaises après l’arrêt des versements de commissions.

Parallèlement, selon les informations du quotidien, les cadres de la DCN auraient reçu l’ordre “du pouvoir politique” de débloquer une deuxième enveloppe de commissions de 216 millions de Francs, “à destination d’une société offshore panaméenne inconnue de tous, Mercor Finance”. Une structure “discrète” qui aurait été gérée depuis la Suisse pour deux affairistes libanais, “Ziad Takieddine et Abdulrahmane El Assir”, que personne ne semblerait avoir vu au Pakistan.

Quel lien avec la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995 ?

Selon Libération, qui se serait procuré “des relevés bancaires du compte de campagne d’Edouard Balladur ouvert dans une agence du Crédit du Nord” à Paris, dans un même temps de curieuses opérations se seraient effectuées dans le financement de la campagne présidentielle de l’ancien Premier ministre. Plus précisément, les deux libanais, cités ci-dessus, auraient été imposés comme intermédiaires par le gouvernement balladurien dans le contrat Agosta, et depuis “des appartements cossus des avenues Georges Mandel et Henri Martin” (Paris) auraient exercé certaines pressions pour capter au passage “des centaines de millions” sur le contrat d’armement des sous-marins. Ainsi, 10 millions de Francs, soit 20% des recettes totales de la campagne, auraient été déposés en une seule fois le 26 avril 1995, en grosses coupures. “Sur le bordereau bancaire, il a été mentionné que l’argent provenait de collectes effectuées lors des meetings électoraux”, relève le quotidien qui s’étonne que “la moitié de ces 10 millions a été apportée en grosses coupures de 500 francs”.

Les familles des victimes de l’attentat portent plainte

C’est très clair, il y a une corruption politique dans le cadre du financement de la campagne d’Edouard Balladur. Depuis déjà plusieurs mois, nous indiquions que nous étions en présence d’un véritable scandale d’Etat“, a dénoncé ce lundi sur Europe 1 Me Olivier Morice, avocat des familles des victimes de l’attentat de Karachi. Depuis février 2010, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire à la suite d’une plainte des familles des victimes pour “entrave à la justice et pour corruption,  notamment contre le club politique présidé par M. Balladur”. Elles considèrent aujourd’hui qu’elles ont “été trompées par l’État français, par plusieurs dirigeants politiques français et pakistanais de premier plan, que leurs proches ont été exposés et tués à la suite d’une sordide affaire de financement politique illicite”, avait alors expliqué leur avocat Me Olivier Morice.

Pierre Moscovici, sur France 2 ce lundi, a estimé qu’Édouard Balladur devait maintenant s’expliquer. “Maintenant ces révélations sont sur la table, M. Balladur doit s’expliquer, doit donner une réponse”, a affirmé le député socialiste du Doubs. Selon lui, le gouvernement doit également “déclassifier les documents qui permettent de savoir ce qui s’est passé, puisque ce sont des commissions officielles”.

L’attentat de Karachi, au Pakistan, a couté la vie à 14 salariés dont 11 français de la Direction des Constructions Navales (DCN), le 8 mai 2002. L’arrêt des versements de commissions attachées à ce contrat pourraient expliquer l’attaque d’après le journal Libération (BFM TV, le 26 avril 2010) :

Pour Me Morice, Nicolas Sarkozy serait impliqué dans cette affaire

Pierre Moscovici a précisé : ”Il ne faut pas oublier que Nicolas Sarkozy, aujourd’hui Président de la République, était le directeur de campagne d’Edouard Balladur”, à l’époque. Rectification:  le directeur de campagne d’Edouard Balladur était Nicolas Bazire, tandis que Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget, était son porte-parole. Pour Me Olivier Morice, Nicolas Sarkozy est “au coeur de la corruption”. En 2007, en marge de l’enquête sur l’attentat du 8 mai 2002, des policiers de la Division Nationale des Investigations Financières (DNIF) avaient déjà trouvé à la DCN une note mentionnant la création d’une société off-shore par laquelle transitait des commissions du contrat Agosta, impliquant le directeur de cabinet de M. Balladur à Matignon, Nicolas Bazire, et le minsitre du Budget à l’époque, Nicolas Sarkozy. Cette note laissait “supposer des relations ambiguës avec les autorités politiques en faisant référence au financement de la campagne électorale de M. Balladur”, estimaient les policiers. ”Le procureur sait depuis novembre 2007 que le président de la République est directement concerné par ce scandale comme étant au coeur de la corruption”, a réaffirmé l’avocat des familles des victimes de l’attentat. De son côté, Nicolas Sarkozy a qualifié cette “fable” de “grotesque”.

Pour Me Morice, l’avocat des familles des victimes de l’attentat de Karachi, cette affaire est un “scandale d’Etat”. (Europe 1, le 26 avril 2010) :

 

Source : http://lesinfos.com/2010/04/26/affaire-karachi-edouard-balladur-au-coeur-dune-polemique/

 

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