Karachi : ces sacs de billets qui valsaient sous le nez de Sarkozy

Publié le par infosplus.over-blog.com

Nicolas Sarkozy et Edouard Balladur le 31 mai 2002, durant un meeting de soutien pour les législatives (Philippe Wojazer/Reuters

Revoilà Edouard Balladur, mais aussi Nicolas Sarkozy, au centre des soupçons de financement occulte apparus en marge de l'affaire Karachi. Libération et Mediapart rapportent ce lundi des documents bancaires inédits, faisant état d'un versement de plus de dix millions de francs en liquide et en grosses coupures sur le compte de l'Aficeb, l'Association pour le financement de la campagne présidentielle du candidat Edouard Balladur, dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole et directeur de campagne.

Un relevé du compte numéro « 327 548 2 » de l'Aficeb, ouvert à l'agence du Crédit du Nord du boulevard Haussmann à Paris, montre que l'association a encaissé 10 250 000 francs le 26 avril 1995, soit trois jours après le premier tour de l'élection perdue par l'ancien Premier ministre. Le bordereau de dépôt mentionne quatre sacs, remplis au moins à hauteur de sept millions de francs de billets de 500 francs.

Un autre bordereau, en date du 27 avril 1995, démontre également l'existence d'un second versement, cette fois de 200 000 francs, mais toujours sur le même compte et toujours en liquide, et précise : « Complément s/ versement espèces du 26.04 ».

« Une telle somme, je ne l'aurais pas oubliée »

« Au total, cette remise d'espèces représente plus de 20% des recettes globales mentionnées dans le compte de campagne de Balladur », relève Libération. Des espèces qui se sont révélées indispensables à l'équilibre de ce compte de campagne, la loi interdisant qu'il soit présenté en déficit au Conseil constitutionnel, qui devait par la suite le valider, ce qu'il a fait sans sourciller.

La loi n'interdit pas, en revanche, les dons des personnes physiques aux candidats, dans la mesure où leur montant par personne n'excédait pas à l'époque 30 000 francs au total, dont seulement 1000 francs en liquide.

Des versements tels que ceux démontrés par ces trois documents bancaires interpellent donc. Interrogé par Mediapart, René Galy-Dejean, le trésorier de la campagne de Balladur, assure ne pas se les expliquer :

« Cela ne me dit rien. Une telle somme, tout de même, je ne l'aurais pas oubliée. Ce qui me trouble le plus, c'est qu'il s'agisse de grosses coupures, alors que je n'en voyais quasiment jamais passer. »

 

Sarkozy était « au cœur de la corruption »

Les documents ont été anonymement envoyés le 22 février 2010 à Me Olivier Morice, l'avocat de plusieurs familles de victimes de l'attentat de Karachi en 2002, qui fit 14 morts, dont 11 Français, tous salariés de la Direction des constructions navales (DCN). Quelques jours avant, le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire à la suite d'une plainte de ces familles pour entrave à la justice et pour corruption.

La justice cherche à savoir si des commissions sont intervenues dans le cadre de la vente par la France au Pakistan en 1994 de trois sous-marins Agosta fabriqués par la DCN. Des commissions qui auraient pu être à l'origine de l'attentat et qui auraient pu servir aussi à un financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur.

Le contrat de vente, signé le 21 septembre 1994 par le ministre de la Défense, François Léotard, avait auparavant été validé par le ministre du Budget, Nicolas Sarkozy. Ce qui a fait dire à Me Olivier Morice, en février à la presse, que l'actuel chef de l'Etat était alors « au coeur de la corruption ».

« Qui peut croire à une fable pareille ? »

Allégations « parfaitement infondées », a tonné Edouard Balladur le 28 juin dernier. Neuf jours plus tôt, devant des journalistes à Bruxelles, Nicolas Sarkozy avait balayé avec la même véhémence ces soupçons qu'il jugeait « grotesques » :

« C'est ridicule. Franchement, c'est ridicule. […] Qui peut croire à une fable pareille ? Si vous avez des éléments, donnez-les à la justice et demandez à la justice qu'elle enquête. »

Interrogé ce lundi sur France 2, Pierre Moscovici considère que le président de la République doit désormais s'expliquer. Le député socialiste du Doubs estime que le gouvernement doit également « déclassifier les documents qui permettent de savoir ce qui s'est passé, puisque ce sont des commissions officielles ». Et ajoute :

« Il ne faut pas oublier que Nicolas Sarkozy, aujourd'hui président de la République, était le directeur de campagne d'Edouard Balladur. […] Donc, il faut que les pouvoirs publics, à commencer par le président de la République, le ministre de la Défense, s'expliquent sur ce qui s'est passé. »

 

Balladur entendu par la mission parlementaire

Edouard Balladur, lui, a répondu à ses nouvelles révélations par une tribune publiée ce lundi après-midi sur le site Internet du Figaro. Rappelant que que ses comptes de campagne « ont été audités puis remis au Conseil constitutionnel et validés par lui », il affirme avoir agi « en parfaite transparence » :

« Pour assurer le financement des dépenses électorales de ma campagne, j'ai eu recours à l'ensemble des moyens légaux dont je disposais : emprunt pour une grande partie, contribution de certains partis politiques qui appuyaient ma candidature et, évidemment le concours financier de tous ceux, militants et électeurs, qui ont soutenu ma campagne électorale par voie de souscription et aussi par dons directs, dont le total a été très inférieur au plafond légal alors applicable. »

 

L'ancien Premier ministre sera aussi prochainement entendu par la mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi. « Edouard Balladur en a pris lui-même l'initiative », a expliqué au Point.fr Yves Fromion, le député UMP président de la mission.

 

► Mis à jour le 26/04/2010 à 15h20, après la publication de la tribune d'Edouard Balladur, et à 16h53, après l'annonce de son audition prochaine.

Dessin de Patrick Pinter

Photo : Nicolas Sarkozy et l'ancien Premier ministre, le 31 mai 2002, durant un meeting de soutien à Edouard Balladur pour les législatives (Philippe Wojazer/Reuters). Dessin de Patrick Pinter.

Source : http://www.rue89.com/2010/04/26/karachi-balladur-et-sarkozy-dans-le-viseur-de-la-justice-149058

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